La gouvernance électorale inclusive s’impose comme un pilier fondamental de la démocratie, de la cohésion sociale et de la transparence institutionnelle. Pourtant, malgré les progrès juridiques observés ces dernières années, la participation des femmes aux instances de décision électorale reste confrontée à des défis persistants. C’est le constat dressé par le Groupe de Plaidoyer pour une Gouvernance Électorale Inclusive, dont nous avons reçu copie de la note de plaidoyer, ce lundi 5 octobre 2026. Il insiste sur un message central : la place des femmes dans les processus électoraux ne doit plus dépendre de circonstances fortuites ou de négociations ponctuelles, mais doit être institutionnalisée, garantie et évaluée au sein même des politiques publiques.
Trop souvent restreinte au simple droit de vote, au port de candidatures ou à des campagnes de sensibilisation citoyenne, la participation féminine doit impérativement s’étendre aux sphères stratégiques. Le plaidoyer souligne ainsi la nécessité d’impliquer les femmes dans la conception des politiques électorales, l’organisation et la supervision des scrutins, ainsi que dans l’observation électorale, la médiation et la prévention des conflits.
Plusieurs textes de référence consacrent le droit des femmes à la vie publique, à l’instar de l’article 7 de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF) de 1979 ou de la cible 5.5 des Objectifs de développement durable (ODD) fixés par les Nations Unies.
En Côte d’Ivoire, la loi n° 2019-870 du 14 octobre 2019 relative à la représentation des femmes dans les assemblées élues constitue une avancée majeure. Toutefois, les initiateurs du plaidoyer rappellent que la présence de femmes candidates ou élues ne garantit pas automatiquement leur accès aux organes de gestion, de supervision et de régulation des élections.
Pour surmonter ces barrières, le texte propose d’intégrer des mesures concrètes dès la conception des dispositifs institutionnels. Cela passe par une représentation institutionnelle claire en fixant des règles précises pour l’intégration des femmes au sein des commissions électorales, des organes de contrôle et des équipes d’observation, ainsi que par l’accès aux responsabilités à travers des critères de nomination transparents fondés sur la compétence et l’égalité.
De plus, il est crucial d’inclure les femmes dans la prévention des conflits et les processus de dialogue politique, tout en mettant en place des mécanismes stricts pour assurer la protection des actrices politiques face aux violences et intimidations.
Enfin, le suivi et le financement requièrent d’adopter des indicateurs mesurables, d’assurer la redevabilité à travers des rapports périodiques et d’allouer des budgets adaptés aux programmes de renforcement des capacités.
La réalisation de cette vision exige une synergie d’action entre tous les acteurs clés de la société : les pouvoirs publics, le Parlement, les institutions électorales, les partis politiques, les organisations de la société civile (OSC) et les partenaires techniques et financiers. Les organisations féminines et la société civile jouent à cet égard un rôle primordial dans le suivi des engagements et le contrôle de l’application des réformes.
Faire de la participation des femmes une exigence structurelle est la condition sine qua non pour consolider durablement la démocratie. À travers des politiques ambitieuses et des mécanismes institutionnels rigoureux, les femmes doivent pleinement s’affirmer comme des actrices de décision, des organisatrices et des médiatrices incontournables des processus électoraux.
Augustin Tapé











