Contribution : Médias et influence numérique : halte à la banalisation des violences sexuelles en Côte d’Ivoire

Pour contrer les dérives numériques, il est impératif d’imposer l’éthique aux influenceurs, de sanctionner sévèrement le cyberharcèlement et l’apologie du viol, et de mobiliser les médias à travers des campagnes éducatives pour promouvoir activement le consentement et l’égalité de genre. Une contribution d’Augustin Tapé, journaliste spécialisé en genre et sauvegardes sociales.

À l’ère du numérique, la liberté d’expression va de pair avec une grande responsabilité éthique. Journalistes, créateurs de contenus, influenceurs, illustrateurs et dessinateurs ont beaucoup de pouvoir en Côte d’Ivoire.

Pourtant, certains partagent parfois des propos sexistes, des textes qui font l’éloge du viol ou qui banalisent les agressions sexuelles. Cela encourage une culture du viol bien visible sur les réseaux sociaux. Les exemples récents sont nombreux. La sphère numérique ivoirienne a été choquée par des prises de parole d’influenceurs majeurs, comme les déclarations polémiques d’Apoutchou National sur TikTok. Il a banalisé les agressions contre des employées de maison et le non-respect du consentement.

De même, des illustrations satiriques ou des chroniques de presse ambiguës se moquent parfois des drames vécus par les femmes. Elles rendent l’inacceptable normal sous prétexte d’humour ou pour chercher le buzz.

Non! Chers médias, le féminicide ne peut pas être considéré comme un crime passionnel, tel qu’on observe à la Une de certains tabloïdes qui continuent de s’enfermer dans des récits  »faidiveristes » et à la limite  »voyeuristes ».

Recommandations pour une communication responsable

Pour freiner ce problème, il faut agir vite. Il s’agit entre autres, de renforcer l’autorégulation et l’éthique en encourageant les faiseurs d’opinion à comprendre que leur notoriété leur impose un devoir d’exemplarité et le respect strict de la dignité humaine. Il faut aussi appliquer des sanctions sévères en demandant aux plateformes et aux institutions judiciaires ivoiriennes de punir les discours haineux et sexistes. Il est important de rappeler que le cyberharcèlement et l’apologie du viol ne relèvent pas de la liberté d’expression mais du pénal. Enfin, il faut organiser des campagnes de sensibilisation en impliquant les médias dans la promotion active des concepts clés du consentement et de l’égalité de genre.

Augustin Tapé, journaliste spécialisé en genre et sauvegardes sociales

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