Nous avons interviewé le Professeur Doumbia Mamadou, éminent agronome à l’Université Nangui Abrogoua, sur l’importance de la Recherche endogène. Pour lui, le développement de la Côte d’Ivoire ne peut dépendre de l’importation de solutions étrangères. Il plaide avec conviction pour une recherche véritablement endogène, seule capable de répondre aux défis spécifiques du pays, à l’instar des modèles chinois ou indien.

Cette souveraineté scientifique est un impératif de résilience, comme l’ont démontré la crise de la COVID-19 ou les embargos technologiques internationaux. Face à la volatilité des prix des intrants agricoles importés, les biosolutions développées localement constituent une alternative stratégique.
L’engrais biologique Vital Plus, fruit de 21 années de recherches initiées en 2004 par le Pr Doumbia, en est la preuve tangible. Fabriqué à partir de matières premières locales, il offre une efficacité redoutable et accessible. Son impact est déjà visible : en Côte d’Ivoire, il a permis de doubler, voire tripler les rendements du palmier à huile et de revitaliser des cacaoyères touchées par le « swollen shoot ». Son succès dépasse les frontières, avec des résultats probants sur le coton au Mali et des essais concluants en Turquie, au Brésil et en Thaïlande.
L’année 2025 a marqué la reconnaissance nationale de ces travaux, avec l’obtention du 3ᵉ Prix de l’Innovation Technologique (Prix Alassane Ouattara 2025) et du Prix de la Fondation Auline. Si le soutien du ministère de l’Enseignement supérieur est salué, le Pr Doumbia appelle à un engagement politique fort de l’ensemble des décideurs, notamment le ministère de l’Agriculture. Une officialisation de l’usage de telles innovations locales serait un signal majeur pour légitimer la recherche ivoirienne et garantir son développement durable.
Augustin Tapé









