SynDev en visite à Ahouaty: le message fort de la militante Fatou Samba aux femmes« Donnons-nous la main… Il faut une bataille. »

 

Au terme des assises du camp climat 2026, à Songon, une forte délégation des participantes, de Côte d’Ivoire, du Burkina et du Sénégal, a effectué une visite de terrain à Ahouaty, le 14 Aout 2026. L’objectif était d’échanger avec les populations riveraines et mobiliser les femmes dudit village qui abrite la centrale hydroélectrique de Singrobo-Ahouaty, un projet énergétique majeur de 44 mégawatts situé sur le fleuve Bandama , soutenu notamment par le Groupe de la Banque africaine de développement.

La délégation conduite par Fatou Samba, Présidente du Mouvement des femmes affectées par les projets de la BAD en Afrique de l’Ouest, et PCA de SynDev, a transmis un message fort aux communautés, notamment aux femmes. Un message digne de la femme de conviction qu’elle représente dans le combat pour la dignité et surtout le leadership des femmes impactées par les mega projets de la BAD.

Les préoccupations et griefs des populations ont été relevés. Entre autres, les pertes des terres, des indemnisations non satisfaisantes pour compenser les pertes et la non construction d’infrastructures de base, telles qu’une école et un centre de santé communautaire.

S’exprimant sur les ravages des grands projets, la militante Fatou Samba a dressé un constat sans appel : « ce sont les mêmes problèmes » qui frappent les communautés d’Afrique de l’Ouest, de la Guinée au Sénégal en passant par la Côte d’Ivoire.

Dénonçant les mirages du progrès, elle a rappelé que « quand ils veulent installer un projet, ils vont vous promettre des choses qu’ils ne vont jamais tenir ». Derrière les promesses d’emplois se cachent l’accaparement des terres, la destruction des ressources halieutiques et l’asphyxie des populations. « Nous ne sommes pas contre les projets, mais contre la façon dont la BAD finance ces projets-là, qui fera mal aux femmes, aux enfants et aux hommes », a-t-elle martelé.

Face à cette précarité croissante et à la souffrance quotidienne imposée aux riverains, Fatou Samba a invité à la résistance collective : « Il faut que vous ayez le courage, l’abnégation et la conviction que vous pouvez faire bouger les choses. » Soulignant l’importance de la solidarité transfrontalière et de l’appui des ONG pour contraindre les institutions financières à revoir leurs copies, elle a conclu avec force : « Donnons-nous la main… Il faut une bataille. »

Qui est Fatou Samba ?

Figure incontournable de la résistance locale à Bargny, au Sénégal, Fatou Samba incarne la voix des populations riveraines face aux dérives des grands projets industriels. Ancrée dans l’économie locale et présidente de l’Association des femmes transformatrices de poissons, elle défend ardemment le gagne-pain de nombreuses familles dont la survie dépend des ressources halieutiques.

Son combat s’est intensifié contre l’implantation de la centrale à charbon de Sendou, située à proximité des habitations et de l’océan. En première ligne, Fatou Samba dénonce sans relâche les graves menaces environnementales et sanitaires, l’accaparement des terres traditionnelles aggravé par l’érosion côtière, ainsi que la précarité économique découlant de la destruction des écosystèmes marins.

Véritable porte-parole des « oubliés » du développement industriel, elle collabore étroitement avec des organisations de la société civile comme SynDev pour porter les revendications des communautés sur la scène publique. Par son abnégation, Fatou Samba symbolise la force et la dignité des femmes sénégalaises qui se dressent pour préserver leur cadre de vie, leurs traditions et l’avenir des générations futures face aux externalités destructrices des chantiers énergétiques.

Augustin Tapé, journaliste spécialisé en genre et Sauvegarde sociale à Abidjan

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