En marge des assises du Camp Climat 2026 abritées dans la zone de Songon, Synergie pour le Développement (SynDev) et la Coalition Ivoirienne des Défenseurs des Droits Humains (CIDDH) ont offert une tribune privilégiée aux organisations de la société civile pour partager leurs expériences de terrain.
Créée en 2018 et s’étant imposée comme un acteur de référence dans le suivi de la redevabilité du secteur extractif, la protection de l’environnement et l’égalité des genres en Côte d’Ivoire, l’ONG Action pour le Développement Social (ADS), documente au quotidien la vulnérabilité accrue des femmes face aux grands chantiers.
Intervenant lors de cette rencontre, Léonard Kouakou, directeur exécutif de ADS, s’est prêté à un état des lieux sans concession des répercussions des projets extractifs et fossiles sur les droits des femmes.
Selon l’expérience de terrain documentée par l’ONG ADS, les femmes subissent les contrecoups des grands chantiers extractifs de manière disproportionnée à travers plusieurs dimensions critiques. Ce sont entre autres l’accès à la terre et le foncier, la fragilisation des moyens de subsistance La marginalisation dans la gouvernance locale.
Dans son exposé, il aussi mis l’accent sur les risques sociaux et sécuritaires. Car selon lui, l’arrivée d’une main-d’œuvre masculine exogène dans ces zones engendre des pressions accrues sur les infrastructures et favorise des dérives, telles que le développement de réseaux de prostitution et l’accroissement des risques de violences basées sur le genre (VBG).
A en croire le directeur exécutif de l’ONG ADS, on assiste à une Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) inadaptée. En effet, les volets de RSE ignorent trop souvent les priorités d’investissement formulées par les femmes elles-mêmes, se focalisant sur des infrastructures de base peu génératrices d’autonomie économique.
C’est donc un impact multiforme et lourd pour les femmes, d’où des recommandations articulées autour de trois piliers majeurs pour un changement de cap.
Premièrement, à l’endroit des entreprises extractives, de réaliser des études d’impact axées sur le genre (IAG) en amont et tout au long des projets, consulter directement les femmes séparément des hommes, afin de libérer leur parole, particulièrement dans les contextes socioculturels du nord du pays, dédier un pourcentage des fonds RSE et miniers aux priorités économiques des femmes et renforcer l’entrepreneuriat féminin et mettre en place des mécanismes de gestion des plaintes accessibles et sensibles au genre.
Deuxièmement, à l’endroit de l’État et des collectivités territoriales, de garantir la participation effective des femmes aux consultations foncières et améliorer les barèmes et processus de compensation pour les petites exploitantes, intégrer systématiquement la dimension du genre dans les études d’impact environnemental et social (EIES) et publier des données désagrégées sur les retombées réelles des projets extractifs.
Troisièmement, à l’endroit de la société civile, d’assurer un suivi citoyen rigoureux des cahiers des charges et des obligations contractuelles des compagnies minières et pétrolières et documenter les impacts différenciés subis par les femmes et renforcer leurs capacités de leadership et de plaidoyer public.
Augustin Tapé, journaliste spécialisé en genre et Sauvegarde sociale à Abidjan












