N’Dèye Fatou Sy, directrice des programmes de SynDev : « Les communautés ont le droit de dire non à un modèle de développement ne répondant pas à leurs attentes »

La deuxième édition du Camp Climat , à Songon à quelques encablures de Jacqueville, à une trentaine de kilomètres d’Abidjan, a refermé ses portes sur une dynamique de mobilisation renforcée. Au cœur de ces assises, l’organisation Synergie pour le Développement (SynDev) a dressé un bilan axé sur la redevabilité des institutions financières internationales, avec un regard particulier sur la Banque Africaine de Développement (BAD). Nous avons interrogé N’Dèye Fatou  Sy, directrice des programmes de SynDev, dont vous lirez de larges extraits des propos.

 Porté par plus de vingt ans d’expertise dans le suivi des projets de développement, SynDev articule son combat autour de trois axes cardinaux : la responsabilité des bailleurs, la transition énergétique juste et la justice climatique.

Pour Fatou N’Deye Sy, directrice des programmes de l’organisation, les femmes demeurent les premières sentinelles face aux mutations environnementales :« Quand on parle des femmes, on parle de leur vulnérabilité et on oublie leur pouvoir et leur force. Les femmes ont une capacité d’adaptation qui, scientifiquement, a été prouvée comme étant particulièrement élevée, peu importe le contexte difficile. »

Un mouvement panafricain pour porter la voix des impactées

Ce rassemblement a permis de consolider un véritable réseau transfrontalier unissant les actrices de terrain venues du Sénégal, du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire. En s’appuyant sur des parcours de lutte variés, à l’instar de la résistance menée depuis plus de deux ans par les communautés de Bargny au Sénégal face aux projets extractifs, le camp a favorisé le partage d’expériences entre les femmes affectées par des projets fossiles en Côte d’Ivoire, au Sénégal ou au Burkina Faso.

Cette synergie s’est également illustrée sur le terrain par une visite d’immersion auprès des communautés riveraines d’Ahouaty, touchées par les aménagements hydroélectriques. Une démarche saluée par le SynDev pour briser l’isolement des victimes et leur redonner les clés de leur plaidoyer.

Pour une transition énergétique réellement inclusive

Abordant la question de la transition écologique, la directrice des programmes de SynDev a insisté sur la nécessité de dépasser les simples considérations techniques pour repenser les modèles d’intervention. « Une transition énergétique juste ne doit pas seulement être le passage d’une énergie à une autre. C’est aussi savoir changer le modèle extractiviste, savoir ne pas répéter les erreurs du passé et s’assurer que la zone où l’on compte implémenter un projet va tenir compte des besoins spécifiques et des vulnérabilités », a-t-elle indiqué.

En somme, SynDev réaffirme un principe fondamental à l’adresse des décideurs et des institutions financières : les populations locales ne rejettent pas par principe le progrès, mais revendiquent le droit légitime de baliser leur propre avenir.

A en croire N’Dèye Fatou  Sy , le développement ne saurait être synonyme d’exclusion. C’est le message fort porté à l’endroit des communautés riveraines, qui rappellent une distinction fondamentale : refuser un projet ne signifie pas rejeter le progrès, mais s’opposer à un modèle imposé qui ne répond pas aux aspirations réelles des populations.

Pour les populations impactées par les grands chantiers et les infrastructures énergétiques, l’enjeu n’est pas de faire obstruction aux initiatives d’intérêt général, mais de revendiquer une pleine souveraineté sur leur avenir. Les citoyens et les communautés possèdent le droit légitime d’accepter les projets vertueux, tout en exigeant d’être associés à chaque étape de leur conception, a-t-elle signifié au cours de notre interview.

Il s’ensuit une exigence claire adressée aux États et aux institutions financières internationales : veiller à ce que chaque politique d’investissement intègre réellement les besoins spécifiques et les réalités des territoires concernés, afin que la modernité ne se construise plus au détriment de ceux qu’elle prétend élever, a-t-elle ajouté.

« Les communautés ont le droit de dire non à un modèle de développement qui, pour elles, n’est pas le bon. Elles ont le droit de dire oui aux projets censés amener le développement, mais également de définir leurs propres perspectives », a conclu la directrice des programmes de SynDev, saluant par ailleurs l’excellente organisation de cette édition portée conjointement avec la Coalition Ivoirienne des Défenseurs des Droits Humains (CIDDH) en Côte d’Ivoire.

Extrait d’interview réalisé par Augustin Tapé, journaliste spécialisé en genre et Sauvegarde sociale à Abidjan

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