M. Jean-claude diplo, Président de HeForShe Mines Côte d’Ivoire: »Aux femmes du secteur minier, votre expertise, votre ambition et votre contribution comptent ».

HeForShe Mines Côte d’Ivoire est une association à but non lucratif créée le 11 décembre 2020 par le secteur minier ivoirien. Elle est engagée dans la promotion de l’équité de genre et du leadership féminin au sein dudit secteur.

Présidée par M. Jean-Claude Diplo, cette organisation s’attaque aux barrières structurelles et culturelles qui freinent l’intégration des femmes dans une industrie traditionnellement masculine. Cette interview a été réalisée dans la perspective de l’organisation du Forum International des Femmes Minières (FIFEM) qui se tiendra le 20 novembre 2026 au Parc des Expositions d’Abidjan. Jean-Claude Diplo, Président de HeForShe Mines Côte d’Ivoire fait partie de celles et ceux qui contribuent à faire de forum un rendez-vous majeur dédié aux femmes dans le secteur minier.

Jean-claude diplo, Président de HeForShe Mines Côte d’Ivoire

  Zerinfos.com : En tant que Président de HeForShe Mines CI, qu’est-ce qui vous a personnellement motivé à porter la cause de l’équité de genre et du leadership féminin dans une industrie traditionnellement masculine ?

Jean-Claude Diplo : Pour moi, la performance de notre industrie repose aussi sur sa capacité à mobiliser tous les talents. Une industrie qui n’en utilise qu’une partie se prive de sa propre force. Le secteur minier ne peut durablement se développer en laissant une partie des compétences disponibles insuffisamment représentée. Porter cette cause, c’est contribuer à une industrie plus équitable, plus inclusive et plus performante, où les compétences et le mérite déterminent les opportunités. Pour moi, c’est une évidence.

Zerinfos.com : Quelles sont aujourd’hui les principales barrières ou stéréotypes qui freinent l’accès des femmes aux postes de direction et aux opérations de terrain dans le secteur minier ivoirien, et comment votre organisation agit-elle pour les lever ?

Jean-Claude Diplo : Les freins sont de deux ordres, et ils s’entretiennent l’un l’autre. Il y a d’abord les mentalités : les métiers miniers passent encore pour des métiers d’hommes, et l’on s’imagine que le terrain est trop exigeant pour les femmes. Et d’un point de vue organisationnel, il y a une faible représentation des femmes dans certains postes stratégiques. HeForShe Mines Côte d’Ivoire contribue à faire évoluer ces pratiques en favorisant le partage de bonnes pratiques, le développement des vocations, la valorisation des parcours et la mise à disposition de données permettant de mieux comprendre la situation du secteur. Notre ambition est d’encourager des engagements qui se traduisent par des actions concrètes et mesurables.

Zerinfos.com : Que pensez-vous du soutien à la formation et à l’orientation des lycéennes vers les filières scientifiques et minières ? Quels conseils donnez-vous aux jeunes filles hésitantes à s’engager dans ce domaine ?

Jean-Claude Diplo : C’est un investissement indispensable pour l’avenir du secteur. Les métiers miniers mobilisent des compétences scientifiques, techniques, managériales et transversales. Il est donc important de faire découvrir ces métiers aux jeunes filles suffisamment tôt, en leur donnant accès à une meilleure information, à une orientation adaptée et à des modèles inspirants. Et aux jeunes filles qui hésitent, je dis : ne vous censurez pas. Explorez, développez vos compétences et choisissez votre voie selon vos aptitudes et vos ambitions. Le secteur minier a besoin de talents féminins.

Zerinfos.com : Le concept de HeForShe repose sur la solidarité masculine. Comment parvenez-vous à convaincre les autres dirigeants d’entreprises minières d’implémenter des politiques concrètes en faveur des femmes au sein de leurs équipes ?

Jean-Claude Diplo : Nous privilégions une approche fondée sur la responsabilité des dirigeants et les bénéfices pour les entreprises. Favoriser l’accès aux opportunités, développer les compétences et mieux valoriser les talents contribuent à renforcer la performance, l’attractivité et la capacité des entreprises à préparer leur relève.

Notre démarche consiste à encourager le dialogue entre les acteurs miniers, à partager les bonnes pratiques et à promouvoir des engagements concrets dans les politiques de recrutement, de formation, d’évolution professionnelle et de gouvernance. L’équité de genre ne peut progresser sans l’implication des dirigeants et de toutes les personnes qui participent aux décisions.

Zerinfos.com : Quels sont vos objectifs prioritaires pour HeForShe Mines Côte d’Ivoire dans les deux prochaines années afin de mesurer un réel impact sur le taux d’emploi et de leadership féminin dans l’industrie minière ?

Jean-Claude Diplo : Notre priorité est de renforcer la mobilisation des entreprises minières autour d’engagements concrets et mesurables. Nous voulons notamment consolider l’utilisation du Baromètre Genre du secteur minier que nous avons élaboré, afin de suivre les évolutions et de mieux éclairer les décisions.

Ce qui compte pour nous, c’est de passer de la sensibilisation à des changements que l’on peut réellement observer, dans les pratiques comme dans les parcours professionnels. Les données recueillies devront nous permettre d’apprécier les progrès accomplis, de mieux cerner les défis persistants et d’orienter les actions à venir.

Zerinfos.com : Un mot sur votre participation et votre contribution au FIFEM 2026 et un message à l’endroit des femmes dans le secteur des mines en Côte d’Ivoire ?

Jean-Claude Diplo : La participation officielle de HeForShe Mines Côte d’Ivoire au FIFEM 2026 traduit notre volonté de contribuer activement aux échanges sur la place des femmes dans le secteur minier. C’est une occasion de partager notre vision, de valoriser les compétences féminines et de soutenir les initiatives qui favorisent une industrie plus inclusive.

En marge du SIREXE 2026, le FIFEM est une opportunité pour les femmes de se mettre en lumière, de construire des réseaux, de partager leurs expériences, de créer et de saisir des opportunités. Nous saluons l’engagement des organisateurs et de toutes les parties prenantes qui contribuent à cette dynamique.

Aux femmes du secteur minier, je voudrais dire ceci : votre expertise, votre ambition et votre contribution comptent. Continuez à développer vos compétences, à saisir les opportunités et à faire entendre votre voix. Aux entreprises et aux dirigeants, je rappelle qu’il nous appartient de créer les conditions permettant à chacune de valoriser ses talents et d’évoluer professionnellement.

Interview réalisée par Augustin Tapé, journaliste spécialisé en genre et Sauvegardes sociales

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